dimanche 12 février 2012

Chroniques d’une maman qui travaille : La 1ère Conférence « Maman travaille », vers une articulation du travail et de la parentalité.


1ère journée des mères actives,
 Paris 9 février 2011

Quand j’ai commencé à m’intéresser à la parentalité à travers ces différents aspects, un nom revenait souvent : celui de Marlène Schiappa. Auteur du blog « Maman Travaille », aujourd’hui une association, du livre éponyme et surtout une jeune femme talentueuse  aux propos percutants, engagés et justes. Je dois avouer qu’une chose m’a surprise : son âge ! A peine 28 ans et déjà un vrai combat, une œuvre intelligente et une vrai réflexion sur la parentalité et le travail en entreprise notamment. Alors quand j’ai vu qu’une conférence sur les mères actives allait être organisée par tout un staff de supers mums (Anaïs Lunet, Camille Ravier, Stéphanie Rivier, = et Stéphanie Will), je me suis immédiatement inscrite.
crédits photographiques

le livre, un best seller





















Cette conférence avait pour ambition de mettre en lumière la difficulté de concilier encore aujourd ‘hui (ou devrais-je dire, encore plus aujourd ‘hui)  vie de mère et carrière professionnelle. Des sociologues, des dirigeant(e)s d’entreprise, un médecin du travail, des consultants, des journalistes, des blogueurs et le public (à 95% féminin) réunis pour parler de ce vaste sujet enfin mis en lumière lors d’un évènement faisant référence. Car, je le dis tout de suite, ce type de rencontres a un long avenir.
Maman travaille, maman a travaillé, maman veut travailler ou maman ne travaille pas ou plus, on peut dire que j’ai tout connu.
 Après de longues et brillantes études, je me suis aventurée  dans le monde du travail, le marché de l’art dans mon cas .Et là, premier frein (mental), les horaires, la mentalité , rien n’était fait pour les femmes et encore moins pour les mères. Alors nullipare, je n’ai même pas eu envie d’essayer, ce n’était pas comme ça que je souhaitais « faire carrière » ! Me voici alors en poste sur un job alimentaire, la vente en grands magasins. Un bon salaire, des collègues sympas et des perspectives d’évolution possibles à condition d’être corvéable à merci. Les horaires (10h/19h au mieux , les jours de travail (tous les samedis, certains dimanches ou jours fériés), la fatigue d’un travail peu enrichissant ne m’ont pas arrêté dans mon désir de devenir mère. Passant pratiquement 8 mois debout 7 à 8 h par jour, portant des charges et essayant de maintenir un physique avantageux, je me suis affichée rayonnante durant toute ma grossesse. Il a bien fallu que je quémande auprès d’une sage-femme (un homme ) de m’accorder un congé pathologique de 15 jours car les soldes arrivaient (et quiconque a travaillé dans un grand magasin un jour de soldes doit savoir que c’est périlleux , surtout pour une femme enceinte) avant le début officiel de mon congé maternité . Mais globalement, j’ai aimé ma grossesse même dans ces conditions ! Ensuite, bébé est arrivé et au bout de 3 mois et demi, il a fallu retourner au travail.  Et là, les ennuis ont commencé. Compte tenu de mes horaires, j’ai eu beaucoup de mal à trouver une nounou et il n’y avait aucune place en crèche à horaires décalés. 15 jours avant de reprendre le travail, mon bébé à peine sevré, nous avons trouvé une nounou… qui nous a fait faux bond au bout de 6 mois. Il a fallu prendre une baby-sitter qui nous a couté environ 2000 le mois avec les charges sociales (ce qui a eu pour effet de vider nos maigres économies.). Et puis, j’ai senti  cette espèce d’idée reçue qu’une femme devenue mère était moins investie !  Alors, maman a donné sa démission ne voyant aucune issue et ayant plus que marre de ne pas voir grandir son petit bout ! Savez-vous qu’une de mes collègues de travail qui était en guerre avec son ex-mari pour la garde de ses enfants s’est vue reprocher de travailler dans la vente et de ne pouvoir ainsi s’occuper « normalement « de ses enfants compte tenu de sa profession.  J’ai perdu de mon autonomie devenant dépendante de mon mari (que j’aime par ailleurs) pour la moindre de mes dépenses ! Puis on a trouvé une halte- garderie à temps partiel, un bonheur pour loulou qui découvrait les joies de la collectivité, mais une solution intermédiaire pour maman. Il a fallu que je retrouve un job à mi-temps et là, j’ai quand même eu du bol. Un job plutôt sympa où on acceptait mon emploi du temps tout en me laissant avoir des responsabilités ! Le revers de la médaille était que c’était loin et surtout que financièrement je ne m’en sortais pas ! Je suis tombée de nouveau enceinte et ma  grossesse a été très bien acceptée mais je ne suis pas revenue. Avec deux enfants, le salaire proposé ne suffisait pas !
Franchement, je dois dire que malgré la naissance de ma fille et le bonheur d’être de nouveau maman, j’en avais gros sur la patate ! Pas de job, pas de modes de garde (la halte-garderie de mon fils avait brûlé et on m’avait gentiment fait comprendre que ne travaillant pas, je devais garder mon fils à la maison avec mon bébé jusqu’à son entrée à l’école). J’ai choisi de me mettre en congé parental à 630 € par mois, ce qui est loin d’être la panacée compte tenu du boulot que cela demande d’être maman… Bref maman n’a pas travaillé pendant presque 18 mois ! Sachant que j’avais commencé à bosser à 28 ans et que j’en avais alors 33, avec toutes les interruptions que j’avais eues, j’avais du cotiser 2 ans grand maximum .Passant sur cet épisode à la fois merveilleux et épuisant, j’ai fini par me dire  (à coup de séances de psy et à la faveur d’une place en crèche) que la solution était en moi ! Alors maman a décidé de travailler mais selon ses propres convictions et en suivant ses règles. Cela signifie que j’ai choisi d’aller chercher mes enfants à la crèche et à l’école, d’avoir du temps pour eux tout en ayant un travail épanouissant qui me respecte ! Depuis maintenant 6 mois, je me suis lancée dans l’aventure toute seule avec mes doutes, mes souffrances, mes envies de tout balancer parfois mais aussi mes satisfactions, mes bonheurs… Pour le moment, on ne peut pas dire que Maman travaille pour faire vivre sa famille mais maman a des projets et des aspirations. Ce n’est pas la joie tous les jours et cela n’est pas forcément conforme à l’idée que je me faisais de ma vie de jeune femme du XXIème siècle. Mais chaque jour, je m'interroge et j'essaie de trouver des réponses.
Je voulais vous parler un peu de moi car lors de cette conférence ont été abordés à peu près tous les thèmes que je viens d’évoquer lors de ce témoignage :carrières avortées, difficultés à trouver sa place en entreprise quand on devient mère, manque de modes de gardes souples et adaptés, culpabilité à laisser ses petits , absence de reconnaissance du statut de parents…Des intervenants hypers brillants ont apporté un éclairage sur ces sujets de société et j’ose parler de « nouvelle parentalité » pour la génération 25-45 ans !
Pour un  résumé de cette journée, je vous invite à cliquer sur le lien suivant : http://www.buzzlim.fr/En-entreprise-la-paternite-est-dissuadee-la-maternite-sanctionnee_a1414.html
Pour ma part, je retiens de cette journée plusieurs éléments :
-          La notion de réussite et de carrière ne sont pas des variables uniques. Chaque femme doit jongler avec ses propres ambitions et sa vie de mère. A toute échelle de la société et quel que soit le métier qu’on exerce la conciliation est difficile mais possible. Des solutions sont envisagées et viennent peu à peu interpeller les pouvoirs publics.
-          Les femmes ont besoin et envie de parler de leurs difficultés à tout concilier. Et parler (et je suis bien placée pour le dire) est souvent un premier pas à la résolution de problèmes.
-          J’ai découvert des femmes et des hommes animés par le même sentiment de faire bouger les choses et j’espère que cela ne restera pas lettre morte dans la campagne présidentielle ! Mention très spéciale  à Aude de Thuin, dont j’avais entendu parlée à de nombreuses reprises et en laquelle j’ai découvert une femme exceptionnelle, à la fois très touchante et animée d’une extraordinaire force de caractère. Elle nous a rappelé que la condition de femme est à la fois difficile faite parfois dans la souffrance et en même temps que nous avions un devoir de réussite personnelle.
Aude de Thuin, fondatrice du Women's forum
Son dernier livre, à vous procurez d'urgence







 













- Je terminerais en disant que travailler est un droit pour tous et que les femmes en devenant mères ne doivent pas se voir privées de cette possibilité. Je nuancerais aussi l’aspect un peu trop « carriériste «  de la 1ère Conférence « Maman travaille « qui a parfois donné l’impression que l’expression « Maman travaille » n’était réservée qu’aux femmes souhaitant faire « carrière ».Or, il est indéniable que travailler est aujourd’hui encore plus difficile pour une femme au seul prétexte qu’elle est une mère réelle ou potentielle. D'ailleurs j'y ai croisé de nombreuses femmes dont je connais les parcours et dont toutes étaient animées de différences quant à leur idée du "plafond de mères". 
     Cependant, hormis ce « petit » parti pris qui vient sans doute du fait que toutes les organisatrices étaient de brillantes jeunes femmes, j’ai adoré l’esprit de cette journée et je suis très fière d’avoir adhéré à cette association !
                                                www.mamantravaille.fr
 C'est avec beaucoup de tendresse que j'évoquerais un jour quand je serai vieille  cette     superbe journée , la 1ère Conférence des mères actives!

6 commentaires:

Marie Bercion a dit…

Je me retrouve dans ton parcours Virginie, les galères pour faire garder les enfants, le congé parental un peu "forcé" malgré tout,... Bon, je n'ai pas le soucis des horaires au boulot vu que je suis instit mais quand même! Bosser me ferait le plus grand bien maintenant ;) Bon courage dans ton parcours, accroche-toi, tu le vaux bien!!

Anonyme a dit…

Idem pour moi Virginie. C'est incroyable comme la société évolue lentement. Et les managers femmes sont encore plus terribles envers les femmes , j'en ai fait les frais pendant ma grossesse. Et je ne t'explique même pas les difficultés qu'en tu es en CDD et que tu accouches d'un grand préma, qu'il faut garder plusieurs mois sous cloche. Rafaël a maintenant 16 mois mais il est encore bien affaibli, je ne devrais reprendre une activité pro qu'en septembre.Bon courage. Carine

nyfea a dit…

Je dois avouer que comme toi le combat de marlène me parle énormement. JE suis sensible à ses mots, je trouve qu'elle a toujours le mot, la phrase qui fait réflechir, reagir... et comme toi quand je pense à cette articulation travail/parentalité, à chaque fois c est le nom de marlène qui me vient à l esprit!

un doux moment a dit…

Les filles , vos commentaires sont très touchants et ils prouvent à la fois que nous avons encore un grand chemin à faire mais que nous sommes capables de le parcourir ! Le monde du travail aurait tout à gagner à laisser plus de places aux femmes et aux mères.
Marlène est une pionnière dans le domaine et quelqu'un d'extrêmement sympathique et à l'écoute.

Anonyme a dit…

Merci beaucoup pour ce billet et ces impressions personnelles, avec beaucoup d'éléments sur votre parcours, c'est vraiment éclairant pour nous - les organisatrices - de pouvoir comprendre et connaître nos participants.

Pour préciser le côté "carriériste" de Maman Travaille, j'apporterai juste cette nuance : souvent quand je parle de ce réseau, je dis que le but c'est de vivre la carrière à laquelle on s'est préparée. On va à l'école, on fait des études, on se forme. On attend un résultat de ce parcours. Et sans être carriériste, à vouloir à tout prix exploser le plafond de verre, on doit pouvoir faire le travail pour lequel on a les compétences et qui est raccord avec ses objectifs au démarrage de sa vie active.
Les hommes ne voient que l'horizon. Les femmes savent qu'elles seront arrêtées.

Bien à vous toutes,
Stéphanie Will
Coordinatrice JMt.

un doux moment a dit…

Merci Stéphanie pour votre précision. Je suis totalement d'accord avec vous quand vous dites que nous faisons des études ou des choix pour arriver à exercer un métier en accord. Et c'est vrai que nous les femmes nous sommes arrêtées y compri par ce que j'appelle une barrière mentale (cf article) . Mais je voulais aussi dire que le fait même d'avoir un emploi et donc une possibilité d'autonomie est très dur pour toutes les femmes . Et même les femmes qui ont des qualifications "basses" ont encore plus de mal à tout concilier . Ce sont ces femmes qui ont été un peu oubliées je trouve . mais justement cela pourra aussi venir enrichir les prochains débats de Maman Travaille.Je suis membre de l'asso et j'espère qu'on pourra l'évoquer lors de rencontres. En tous cas, bravo Stéphanie pour votre travail !